
(Avant-première)

MA CRITIQUE
Il est bien plus facile de taire ce qui dérange. Voilà sûrement la réalité qui se cache derrière les refus des producteurs ayant condamné La Journée de la jupe à une diffusion TV et une sortie ciné sur une petite cinquantaine de copies. Seuls Arte et Mascaret Films ont accepté de se mouiller et de défendre cet excellent huit clos, révélateur des grands maux du système éducatif actuel qui s'inscrit en parfaite prolongation de la Palme d'Or de Cantet, et qui ose appeler un chat un chat. Terminé les longs discours sur le dialogue, la démagogie à deux balles ou les démonstrations de la fragilité humaine de l'enseignant: l'oeuvre, d'une intelligence énorme, dynamite tous les codes cinématographiques (thriller social? drame politique? tragédie moderne?), détruit toutes les demi mesures et affirme haut et fort tout ce qui ne devrait plus être politiquement incorrect. Victime d'une Ecole devenue zone de non droit, la prof de français (Adjani, sublime) inverse alors les rapports dominants/dominés, rétablissant la frontière entre maître et élève, arme en main.
C'est que les choses ont bien changé en France: profs et administrations ne communiquent plus, subissant chacun des pressions venues d'en haut, et les lois des cités régissent désormais les établissements où misogynie, discriminations et viols pourrissent les consciences. En cours, il n'est plus question de Jean-Baptiste Poquelin mais d'une dictature quotidienne du plus fort, de l'intimidation par les mots, de la lutte constante entre violence et apprentissage, symbolisée magnifiquement par ce que l'enseignante tient dans ses deux mains: un flingue et un livre. Pour une culture qu'il faut maintenant assénée de force, pour une vérité qui se doit d'être dite. L'oeuvre a la couleur d'un avertissement, avant que la fiction ne devienne réelle, avant que le malaise qui gangrène peu à peu les établissements scolaires- avec ce silence des médias, mensonger et pesant- n'éclate aux visages des gouvernements, des parents, des populations.
Le film n'a pas la prétention de donner une solution, mais propose un rendez-vous tendu, prenant, émotionnellement ravageur avec les faits. On ose les termes de garderie sociale, on distingue faux racisme du vrai ras-le-bol enseignant, on critique l'hypocrisie des thèses (respect, religion, avenir) et le vide des systèmes mis en place (qu'ils soient administratifs, politiques ou dictés par l'irrespectueuse jeunesse). C'est simple: on y regarde -de face et sans rougir- la condition infâme de l'éducation en France. Si l'on s'amuse des bons mots (un comique nerveux nourri au désespoir), il n'y a jamais de quoi rire, la tragédie l'emportant sur le reste, laissant les derniers espoirs de rébellion et de revendications en suspension dans les airs, morts au-dessus d'une tombe. Que faire de plus alors sinon en parler avec l'honnêteté courageuse et le pessimisme exacerbé d'un cinéaste engagé? L'idée est lancée, comme dirait l'autre.

SORTIE en SALLES le 25 mars
Avec Isabelle Adjani, Denis Podalydès, Yann Collette, ...
Année de production : 2008







